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Il me faut bien, de temps en temps, justifier le titre de mon blog. Et l’actualité scientifique m’en donne aujourd’hui une belle occasion.

Je vous ai déjà parlé de l’amertume des courges dans le billet Cucurbita, mortelle amertume,  repris en vidéo plus tard dans Le mammouth et les courges. Il y était question d’évolution, de domestication, de sélection, de courges, de graines, de mammouths et d’hommes. Il y était question des courges d’il y a 10 000 ans, quand elles étaient encore trop amères pour être une nourriture humaine et ne régalaient que les mammouths (et les grands mammifères, qui en supportaient plus facilement l’amertume et la toxicité).

Une actualité scientifique fait écho à ce billet. Dans un article de la revue spécialisée JAMA dermatology, Philippe Assouly, médecin dermatologiste de l’Hôpital Saint-Louis à Paris, décrit deux cas d’empoisonnements alimentaires dus à la consommation de courges.
Quelques heures après avoir ingéré une soupe de citrouille un peu trop amère, une femme et sa famille ont développé des symptômes d’intoxication alimentaire (nausées, vomissements, diarrhées). Une semaine plus tard, le femme a perdu en quantité ses cheveux, sans que cela affecte les autres membres de la famille.
L’autre cas a été observé chez une femme qui a souffert de forts vomissements une heure après avoir consommé une courge au goût amer. Trois semaines plus tard, elle a, elle aussi, perdu une grande quantité de cheveux.

Les courges et les citrouilles appartiennent, comme les melons, les courgettes, les concombres, à la famille des curcurbitacées. Les membres de cette famille peuvent produire des molécules chimiques, appelées à juste titre les cucurbitacines. Elles sont à la fois amères et toxiques. Ne cherchez donc pas le coupable plus loin…

cucurbitacine

Les variétés cultivées et consommées actuellement ont été sélectionnées pour produire très peu de ces molécules. Elles sont donc moins amères et moins toxiques que leurs cousins sauvages ou que certaines variétés utilisées pour l’ornement ou les propriétés médicinales (telle la coloquinte officinale dessinée ci-dessous). Je vous invite à ce propos à retrouver  la petite histoire de la domestication des courges dans le billet Cucurbita, mortelle amertume.

Comment expliquer alors les accidents reportés par le dermatologiste ? On peut émettre l’hypothèse d’une pollinisation croisée fortuite entre une variété cultivée comestible et une variété amère (les abeilles passent des uns aux autres sans se soucier de les distinguer). Cela peut potentiellement produire des fruits (courge, citrouille, potiron, courgette) anormalement amères et toxiques sans changer leur apparence… et tromper les malheureux amateurs de soupe au potiron.

Citrullus_colocynthis_-_Köhler–s_Medizinal-Pflanzen-040Citrullus colocynthis, la coloquinte officinale ou coloquinte vraie, plante médicinale cultivée dans le bassin méditerranéen et dans les pays tropicaux pour la pulpe de ses fruits, amère et toxique.

 

Les intoxications dues à l’ingestion de courges amères sont rares, mais suffisamment documentées pour justifier que soit défini le toxic squash syndrome (syndrome des courges toxiques). Les deux cas récemment présentés sont cependant les premiers qui ajoutent la perte des cheveux aux signes cliniques de ce syndrome.

En plus de l’excuse pour rebondir sur une ancienne petite histoire de Ricochets, cette actualité me donne l’occasion de souligner deux points.  Nous avons peut-être oublié que la capacité à sentir l’amertume et le dégoût qui lui est associé ont été sélectionnés pour protéger d’un éventuel empoisonnement (auquel était particulièrement confronté le chasseur-cueilleur).  Il est donc parfois bon de faire confiance à ses papilles gustatives pour mettre de côté les aliments au goût amer et désagréable. Sauf s’ils ont été sélectionnés pour cela : hors de question de se passer de café ou de chocolat !
Cette petite histoire me permet de rappeler aussi que la nature n’est pas exempte de poison chimique. Et opposer le « naturel », indubitablement bénéfique, au « chimique », assurément toxique, n’a pas de sens.

 

Références 

Hair Loss Associated With Cucurbit Poisoning, Philippe Assouly, JAMA Dermatol. 4 avril 2018.

Poisoning by non-edible squash: retrospective series of 353 patients from French Poison Control Centers, G. Le Roux et al., Clinical Toxicology, 11 janvier 2018. 

Poisoned by Bitter Squash, Two Women Lose Their Hair, Cari Nierenberg, Live Science, 28 Mars 2018.

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “Quand la courge est trop amère

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