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url“Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela.”

Une petite nouvelle rapide, en passant, apportée par le récent séquençage du génome de la patate douce (Ipomoea batata, qui n’est en rien liée génétiquement à la pomme de terre, mais compte parmi les membres de la famille des  convolvulacea, avec lesquels elle partage une certaine tendance à la volubilité, illustrée par le liseron, sous nos latitudes).

Le génome de cette plante cultivée et consommée depuis des millénaires (probablement entre 8000 et 10000 ans en Amérique du Sud) contient des séquences bactériennes, plus précisément, des séquences d’ADNT de la bactérie Agrobacterium. Cette caractéristique a été observée dans différentes variétés cultivées, ainsi que dans l’espèce sauvage qui leur est apparentée, avec des variations dans le nombre et la nature des séquences bactériennes identifiées. Ces séquences sont exprimées : chacune produit une protéine active, assurant une fonction et un trait phénotypique qui a donc probablement été sélectionné au cours de l’évolution récente de cette famille. Les bactéries du genre Agrobacterium infectent les plantes, détournent la machinerie cellulaire pour leur multiplication, produisant ainsi des tumeurs, connues des botanistes depuis longtemps. Plus récemment, ces propriétés ont été détournées par les biologistes moléculaires pour produire les plantes transgéniques.

Cette découverte est intéressante, à divers titre. Pour des raisons fondamentales, d’abord. Elle illustre un des mécanismes de création de nouveauté génétique : le transfert de gènes. Et, elle met en lumière l’importance des relations entre les plantes et les bactéries. En outre, elle vient nuancer l’image monstrueuse des OGM, forcément artificiels voire surnaturels : la patate douce est une plante transgénique “naturelle”.

A la manière de Monsieur Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir, Ipomea fait, depuis bien longtemps, de la transgénèse sans le savoir…

http://www.pnas.org/content/112/18/5844.full.pdf

One thought on “Celle qui faisait des transgènes sans le savoir…

  1. Pingback: Sur une écaille de carpe | Ricochets

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