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Faisant écho au billet « Le temps retrouvé« , dont le titre (déjà) proustien annonçait quelques vieilles histoires de la famille humaine (l’âge de bronze en Europe et l’homme de Kennewick en Amérique du Nord), je vais évoquer ici l’héritage laissé par Neandertal dans nos génomes.

En effet, on estime que 1,5 à 4 % en moyenne des génomes des humains non africains (européens et asiatiques) sont issus de celui de Neandertal. Cet apport génétique, révélé, contre toute attente, par l’étude de son génome complet publiée en 2010, a-t-il des conséquences sur les caractères de l’homme moderne? Il semble que oui, si on en croit une analyse publiée le 11 février dans la revue Science : elle présente des corrélations entre la présence d’ADN néandertalien dans nos génomes et les risques de développer certains troubles (dépression, addiction à la nicotine, atteintes dermatologiques…).

Les données médicales issues de 28000 patients ont permis aux auteurs de l’étude de savoir si un individu a été traité pour un ensemble spécifique de conditions (telles que maladie cardiaque, arthrose ou dépression). Ils ont ensuite analysé les génomes de ces patients pour identifier la fraction de leur ADN qu’ils partagent avec Neandertal. Par la comparaison des deux lots de données et son analyse statistique, ils ont pu déterminer, pour chacun des éléments génétiques issus de Neandertal identifiés, s’il influe sur le risque de développer telle ou telle pathologie.

Ils ont ainsi identifié une douzaine de gènes dont la version (l’allèle) issue de Neandertal est susceptible de causer un risque significatif de développer un trouble chez les individus qui les portent aujourd’hui. L’un d’autre eux a été par exemple associé au syndrome d’hypercoagulabilité  (caractérisé par un sang épais, plus prompt à coaguler, prédisposant donc un individu aux thromboses). C’est évidemment un facteur de risque cardio-vasculaire actuellement, mais ce même caractère pouvait être bénéfique à une époque où les individus couraient plus de risques de mourir par hémorragie, suite à une blessure de chasse, ou lors d’un accouchement, que d’un infarctus.

Les auteurs ont, en outre, isolé un ensemble de gènes associés avec des maladies neurologiques, dont la dépression (souvent corrélée avec les perturbations du cycle circadien) ou encore des lésions dermatologiques, les kératoses actiniques (dues à l’exposition solaire et pouvant évoluer vers un cancer de la peau).  Ils se pourrait que la chimie du cerveau des hommes de Neandertal, de même que la façon dont ils répondaient à la lumière du soleil, ait été sélectionnée par les conditions lumineuses et les mœurs des hommes préhistoriques européens. Mais les allèles correspondant à ces sélections ne sont plus adaptés aux modes de vie actuels, qui voient la plupart des gens vivre sous la lumière artificielle.

Des traits « du côté de Neandertal » donc, issus d’une époque si lointaine, mais avec lesquels nous devons encore compter…

 

L’article…

The phenotypic legacy of admixture between modern humans and Neandertals. Corinne N. Simonti et al. Science 12 Feb 2016.

http://science.sciencemag.org/content/351/6274/737

Et ses commentaires…

http://www.sciencemag.org/news/2016/02/our-hidden-neandertal-dna-may-increase-risk-allergies-depression

https://www.sciencenews.org/article/neandertal-dna-may-raise-risk-some-modern-human-diseases

 

Une réflexion sur “Le côté de Neandertal

  1. Pingback: Dans le désordre de mon tiroir … | Ricochets

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