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Une abeille… des émotions?

Placées au cœur du fonctionnement du cerveau par les psychologues et neurologistes, les émotions ont fait l’objet de très nombreuses études. Je citerai ici deux de leur plus importants explorateurs.

William James, en premier lieu, pionner de la psychologie américaine et philosophe pragmatique ayant suivi une formation médicale de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Frère de l’écrivain Henry James et d’une grande érudition, il a développé une théorie des émotions et des sentiments qui, pour l’époque, était fort originale. Pour lui, nos émotions sont nos changements corporels (transpiration, augmentation du rythme cardiaque, tension musculaire accrue ou relâchement musculaire sympathique, assèchement de la bouche), qui eux sont automatiques et produits par une sorte d’acte réflexe du système nerveux autonome face à une situation donnée. Pour le dire plus simplement, on est triste puisque l’on pleure, et non pas, on pleure parce que l’on ressent de la tristesse.

Antonio Damasio, ensuite, chercheur de l’Université de la Californie du Sud (University of Southern California). En France, il est connu au travers de nombreux livres destinés au grand public dont (dans l’ordre de parution) Le sentiment même de soi ; L’erreur de Descartes et Spinoza avait raison, joie et tristesse, le cerveau et les émotions. Ses recherches ont bouleversé la vision que l’on avait de l’activité du cerveau et de sa place dans l’organisme humain. Loin de l’image d’un cerveau superordinateur, il montre que les émotions jouent un rôle primordial dans son fonctionnement, dans la prise de décision et le déterminisme des comportements.
Mais il l’explique mieux que moi, voici quelques citations issues de ces ouvrages:

“Les émotions ne sont pas un luxe, mais un auxiliaire complexe dans la lutte pour l’existence.”
Le Sentiment même de soi : Corps, émotion, conscience

« Lorsque l’émotion est laissée totalement à l’écart du raisonnement, comme cela arrive dans certains troubles neurologiques, la raison se fourvoie encore plus que lorsque l’émotion nous joue des mauvais tours dans le processus de prise de décision. »
L’erreur de Descartes : La raison des émotions

“La capacité d’exprimer et de ressentir des émotions est indispensable à la mise en œuvre des comportements rationnels. Et lorsqu’elle intervient, elle a pour rôle de nous indiquer la bonne direction, de nous placer au bon endroit dans l’espace où se joue la prise de décision, en un endroit où nous pouvons mettre en œuvre correctement les principes de la logique.”
L’erreur de Descartes : La raison des émotions

 

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“Le cœur à ses raisons que la raison ne connait pas.”…  vraiment?
Mais, tout cela nous mène bien loin… revenons à l’abeille qui a ouvert ce billet.  La question de savoir si les invertébrés ressentent (et par quels mécanismes) des émotions reste encore peu étudiée et comprise.

Une récente étude (2014) a montré, chez l’écrevisse, une sensibilité au stress et à la peur. Exposée à un courant électrique stressant, les écrevisses utilisées lors de l’expérience refusent de rentrer dans une pièce sombre dans laquelle sont sporadiquement émis des flashs lumineux, même après que le courant électrique ait été supprimé. Ces animaux présentent un taux de sérotonine (neurotransmetteur connu pour être impliqué dans la dépression par exemple) accru et semblent se calmer si on leur injecte des anxiolitiques, suffisamment pour oser à nouveau pénétrer l’obscurité. Une forme primitive d’anxiété ainsi mise en évidence?

Un article récent explore des émotions plus positives. Clint Perry, chercheur de de l’Université  Queen Mary de Londres, étudie les abeilles. Il a démontré qu’elles présentent un état proche d’une émotion positive dépendante de la dopamine dans différentes situations et à travers divers comportements.

L’équipe a entraîné des abeilles à voler vers une petite porte marquée par une couleur bleue pour obtenir une récompense (une solution sucrée). Si elle passe une autre porte, de couleur verte, elle ne trouvera que de l’eau. Ensuite, ils donnent aux abeilles une petite récompense (eau sucrée) juste avant de les lâcher dans la chambre d’expérience. D’autres abeilles (témoin) ne reçoivent rien. Et cette fois, une des portes est marquée de violet, couleur ambiguë. Les abeilles ayant reçu la récompense sucrée au préalable vont plus rapidement vers la porte de couleur violette que les autres : elles adoptent un comportement exploratoire plus facilement.

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Dans une deuxième expérience, ils ont montré que la consommation de sucre précédent le test permettait un retour à un comportement d’exploration plus rapidement après la simulation d’une attaque par un prédateur : les abeilles ayant reçu le sucre se remettent plus rapidement de l’attaque.

Ces changements de comportements sont abolis par l’administration d’un antagoniste de la dopamine (la fluphénazine), neurotransmetteur connu pour être impliqué dans le plaisir (et les addictions). Des expériences complémentaires ont prouvé que le sucre en lui-même ne stimule pas simplement les comportements d’exploration des abeilles (par un apport énergétique par exemple).

Ces résultats ne prouvent bien sûr pas que les abeilles “ressentent”, au sens où nous l’entendons pour nous, des émotions. Mais ils dévoilent comment des états différents du cerveau (caractérisés par la production de certains neurotransmetteurs) peuvent induire des réponses comportementales différentes à une même situation. C’est en cela que ces recherches peuvent nous aider à comprendre ce que sont les émotions.

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Références

Unexpected rewards induce dopamine-dependent positive emotion–like state changes in bumblebees. Clint J. Perry et al, Science, 30 Sep 2016, Vol. 353, Issue 6307, pp. 1529-1531.
http://science.sciencemag.org/content/353/6307/1529

Anxiety-like behavior in crayfish is controlled by serotonin. Pascal Fossat et al., Science  13 Jun 2014, Vol. 344, Issue 6189, pp. 1293-1297.

http://science.sciencemag.org/content/344/6189/1293

La théorie de l’émotion. William James.

Le Sentiment même de soi : Corps, émotion, conscience. Antonio Damasio.

 L’erreur de Descartes : La raison des émotions. Antonio Damasio.

Spinoza avait raison : Joie et tristesse, le cerveau des émotions. Antonio Damasio.

Illustrations

Darren Allen
https://bugshots.wordpress.com/

Clint J Perry

Louis Masai
http://louismasai.com/

One thought on “Plaisirs minuscules

  1. Pingback: Dans le désordre de mon tiroir … | Ricochets

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